Échantillons d’écriture

Depuis toujours, j’éprouve du plaisir à écrire, de préférence pour les autres. Lorsque j’ai analysé mon parcours en vue d’une reconversion professionnelle, j’ai réalisé à quel point l’écriture m’a permis tout au long de ma vie de me faire une petite place particulière, à l’école, en entreprise. C’est souvent à partir de mes aptitudes rédactionnelles que des fonctions spécifiques m’ont peu à peu été confiées ; la direction m’était toute donnée pour une reconversion.

Pour autant, on ne s’improvise pas professionnel de l’écriture. Je n’envisageais pas de me lancer sans avoir eu une formation spécifique. J’ai consolidé ma reconversion professionnelle dans l’écriture en obtenant la licence professionnelle Conseil en écritures professionnelle & privée – Écrivain public de la Sorbonne Nouvelle Paris 3. J’ai ainsi bénéficié d’une formation de grande qualité, qui s’articule autour d’axes complémentaires : un enseignement magistral théorique, des ateliers pratiques, des contacts avec des professionnels, l’action de terrain au cours de stages.

Neuf mois très denses à pratiquer au quotidien toutes les techniques d’écriture, pour tous les supports, à décortiquer les techniques d’expression et la linguistique, les ficelles de la rhétorique et la pragmatique, à être formé aux techniques d’entretien dans le respect de l’autre, de sa parole – et plus encore, que vous pouvez découvrir sur cette Fiche diplôme publiée sur le site de la Sorbonne Nouvelle.

Une telle intensité d’écriture fut pour moi une jubilation. Relire les travaux réalisés dans ce contexte est toujours un plaisir, que je veux ici partager avec vous, pour à la fois faire connaître cette licence professionnelle, et vous proposer des « échantillons » de mon écriture.

Le cours de linguistique porte sur les relations entre la linguistique et le discours des médias. L’objectif est la prise de conscience des étudiants de la subjectivité des normes et variations du langage, pour une meilleure production de textes.

Pour passer de la théorie des cours à la pratique, un exercice est proposé aux étudiants en fin de formation ; il consiste à choisir un texte scientifique, puis à le vulgariser dans le genre d’écrit et pour le destinataire de son choix – texte journalistique grand public, ou pour un public jeunesse, conte, théâtre… Le vulgarisateur se trouve dans une position de passeur, à devoir « reformuler » le discours original et le réécrire pour le public visé. Le travail demandé porte sur la production du texte second – que je vous présente ici – mais aussi sur l’analyse de tout le processus d’écriture mis en œuvre, en fonction des notions vues en cours.

Lire le texte.

Il me semble utile de préciser que la consigne – « vulgariser un texte scientifique » – m’a d’abord plongée dans un état de perplexité, tant je sais par expérience que ma pensée, ma logique personnelles sont si dissemblables de la pensée et de la logique scientifiques, que je ne me sens strictement aucune légitimité à effectuer un travail de vulgarisation, voire même de divulgation scientifique – serait-ce pour le chat de ma voisine.

Dès la phase de sélection de l’article source – consacré à la recherche du boson de Higgs – destiné à être « vulgarisé », il m’est donc très vite apparu que la seule manière de sortir de cette impasse était d’imaginer une nouvelle construction discursive parallèle, un exercice de style complètement différent, qui puisse me permettre d’élaborer une stratégie d’effacement, d’évitement de la présence du vulgarisateur, « troisième homme » entre le savant et le public ciblé, qui n’est donc pas sans responsabilité puisqu’il dialogue avec ses mots propres.

J’ai donc choisi d’écrire un scénario, exploitable par exemple dans le cadre d’une mini série télévisuelle ou d’une vidéo destinée à être diffusée sur Internet, mettant en scène des copains, l’un étudiant passionné en sciences tenant le rôle du « spécialiste », l’autre non initié. Après tout, le recours au dialogue entre un spécialiste et un « Candide » relève d’une tradition ancienne, antérieure à l’apparition du vulgarisateur : on pense à Platon, à Voltaire, et surtout à Fontenelle, initiateur de ce nouveau « genre littéraire », de cet esprit de vulgarisation si cher aux Encyclopédistes, qui en 1686 converse d’astronomie dans un parc avec Madame de la Mésangère.

Par ailleurs, afin d’avoir la ressource d’effectuer sans conséquences critiques des glissements fâcheux (involontaires) autour de l’article scientifique choisi, l’humour m’est apparu comme une seconde « échappatoire ». Il faut en effet une certaine dose d’humour – ou d’inconscience ? – pour oser comparer le modèle standard de la physique des particules à un plat de couscous. Mais le grand Einstein lui-même n’a-t-il pas dit : « La seule chose absolue dans un monde comme le nôtre, c’est l’humour » ?

Le cours sur le texte autobiographique sensibilise les étudiants aux littératures du « moi ». L’étude de textes permet de voir l’évolution du genre à travers les siècles, entre permanence des problématiques et mutation des postures, de Rétif de la Bretonne à Georges Perec, en passant par les incontournables Montaigne, Rousseau…

Est approfondie cette notion de convention tacite entre l’auteur et le lecteur, le « pacte autobiographique » défini par Philippe Lejeune, entre sincérité, vérité et exhaustivité. Les pièges de l’autobiographie, entre aléas du souvenir et le mythe du moi, sont abordés notamment par l’étude de textes de Sarraute et Sartre…

Bien sûr, au final, il a fallu produire un texte. La consigne était de proposer le début d’une autobiographie (les deux premières pages), notre propre autobiographie ou une autobiographie fictive, dans lequel alterneraient obligatoirement discours et récit. Le texte devait évoquer les problématiques essentielles du genre : vérité / sincérité / exhaustivité impliquée par le pacte autobiographique ; le but de l’écriture autobiographique, en lien donc avec le problème unicité / généralité ; les difficultés de la démarche, en particulier celles liées au souvenir / à la mémoire. Nous devions aussi y insérer au moins un passage de récit racontant « notre » naissance. À partir du moment où ces aspects étaient respectés, le ton et la distance étaient laissés libres, nous pouvions remettre en cause ou jouer avec les causes du genre. Jouissif.

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L’exercice de la « nouvelle scénario » est un classique des ateliers d’écriture créative.

L’animateur vous impose une contrainte de départ, un élément, une situation, à partir de laquelle vous devez démarrer votre récit. Puis, à intervalles réguliers, il égrène des propositions que vous devez intégrer à votre récit. Bien sûr, l’exercice d’écriture se déroule dans temps donné.

Ce jour-là, la situation de départ nous imposait le personnage d’une peinture, habillé de blanc, aux cheveux blonds, sur un fond vert moucheté. Certains participants y ont vu un clown, moi un enfant du début du siècle, vêtu d’un costume marin. Les éléments relevés de la peinture figurent en vert dans le texte, les éléments imposés au fur et à mesure, en bleu. La sirène n’avait rien d’incongru dans mon paysage de bord de mer, par contre l’affiche m’a valu quelques sueurs !

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